Animaux

Mon amour le panda roux

Peut-être l’aurez-vous deviné, j’ai un faible pour le panda roux, cette boule de poils qui déborde de mignonitude. Avec sa petite tronche et ses grandes oreilles poilues, comment ne pas craquer ? 

Et aujourd’hui est justement un jour particulier, puisque c’est la journée du Panda Roux, l’occasion idéale pour écrire le premier article de ce blog et partager avec vous quelques informations sur cette petite bebête …

Copyright Sciences du Panda, Septembre 2020

Red Panda : Origins…

Pour commencer, il faut savoir que le panda roux est en réalité le premier panda… le vrai, l’original! Il a en effet été découvert avant le panda géant.

La petite histoire, c’est que le panda roux a été décrit pour la première fois par le général anglais Thomas Hardwicke en 1821 autour de Darjeeling, en Inde. Mais cette première description ne fut pas immédiatement publiée. Entre temps, Frédéric Cuvier  a publié ses recherches sur ce petit animal qu’il a alors nommé Ailurus fulgens; Ailurus faisant référence à sa ressemblance avec le chat, et fulgens à son pelage, qui brille de ce joli rouge/orange de feu. Le panda géant, quant à lui, n’a été découvert que plus tard en 1869.

Ailurus Fulgens, le premier panda

Pour la petite anecdote, le nom de panda proviendrait de Ponya from Nepalese, qui signifie mangeur de bambou.

Carte d’identité du panda roux…

On est bien d’accord, notre petit panda est facilement reconnaissable : une frimousse fluffy rousse avec quelques tâches blanches, un dos qui flamboie d’un joli roux, un ventre et des pattes très sombres, et une longue queue aux rayures rousses, qui mesure entre 28 et 48 cm (pour un corps entre 50 et 64 cm).

Si vous souhaitez visiter son chez-lui, sachez que ce petit animal à posé ses valises dans les forêts tempérées de l’himalaya, où s’installe entre 2200 et 4800 m. On le trouve ainsi en Chine, au Bhoutan, en Inde, au Myanmar, et au népal où il était surnommé Wha, Chitwa ou encore Hun-ho. Ses prédateurs naturels sont la panthère nébuleuse et panthère des neiges, ainsi que la martre à gorge jaune.  

Il fait partie des animaux arboricoles, qui passent la majeure partie de leur temps dans les arbres. En plus de ça il est assez peu actif, on considère qu’il dort à peu près la moitié de la journée. Il est en fait plutôt nocturne, actif en toute fin/début de journée.

Fait original: le dessous des pattes du panda roux est totalement recouvert de poils (comme c’est le cas pour les ours polaires ou le renard des sables tibétain), qui masquent leur coussinets, pratique pour supporter le froid !  

Leurs pattes sont aussi équipées de griffes semi rétractables et d’un pseudo-pouce (pas un vrai pouce opposable, mais une modification de l’os du poignet), très pratique pour grimper dans les arbres! (Anton et al. 2006). Il est d’ailleurs largement capable de descendre des arbres la tête la première, chapeau! Deux gènes impliqués dans le développement des membres semblent jouer un rôle dans la mise en place de ce pseudo pouce, DYNC2H1 et PCNT.

Copyright Sciences du Panda, Septembre 2020

Côté famille, le panda roux est une espèce plutôt solitaire. Les individus vont chercher un partenaire au moment de la période de reproduction, qui aboutira à des portées de 1 à 4 petits (les portées d’un ou deux petits étant plus fréquentes) qui resteront avec leur mère jusqu’à maturité. Les mères ont tendance à utiliser des arbres creux pour mettre aux monde leurs petits. La gestation dure entre 115 et 145 jours, et les petits naissent couverts d’une fourrure épaisse aux couleurs plutôt grisâtres. Ils mesurent alors environ 6 cm, et font un point plume d’une centaine de grammes. On considère qu’il vont grandir en prenant environ 7 g par jour.  Ils commencent à pointer le nez hors du nid aux alentours de 3 mois. Ils seront capable de créer leur propre petite famille aux alentours de 18 à 20 mois. 

Nos petits pandas peuvent vivre jusqu’à 14 ans dans les zoos ou réserves, mais leur espérance de vie dans la nature se rapproche plus des 7- 8 ans.

Phylogénie du panda roux

Le panda roux fait partie de la famille des ailuridés qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser en observant les habitudes alimentaires de ce petit animal, fait partie de l’ordre des… carnivores!

On pourrait croire également que le panda roux fait partie de la même famille que le panda géant, dont il partage partiellement le nom et l’appétence pour le bambou, ou du raton laveur à qui il ressemble pas mal en version couleur d’automne, mais ce n’est en réalité pas le cas. 

Identifier l’origine phylogénique du panda roux n’a pas été une mince affaire pour les chercheurs. Jusqu’aux années 1960, il était en effet placé parmi les procyonidés, la même famille que le raton laveur. En réalité, sa famille des ailuridiés constitue une famille à part, dont le panda roux est aujourd’hui le seul représentant encore vivant. 

Le panda géant, quant à lui, est encore plus éloigné du panda roux puisqu’il fait parti de la famille des ursidés, comme les ours. Le truc assez rigolo, c’est qu’il existe tout de même une convergence évolutive entre le panda géant et le panda roux, comme pour la présence du pseudo-pouce par exemple. 

Enfin, il n’y aurait pas un panda roux… mais plusieurs ! L’existence d’une sous espèce ou de deux espèces de panda roux a effectivement été proposée dès 1902, suite à l’observation que certains d’entre eux possèdent des caractéristiques différentes au niveau du crâne et des nuances au niveau de la couleur de la fourrure, surtout au niveau des tâches blanches sur la tête. Ceci a été confirmé récemment par l’analyse du génome des deux espèces (Hu et al. 2020). On distingue donc aujourd’hui ailurus fulgens (panda de l’himalaya), et ailurus styani (panda de chine), qui a une face plus rougeâtre avec moins de blanc, et dont l’aspect annelé de la queue est plus visible. 

En parlant génétique, le génome du panda comprend 18 chromosomes et fait une taille d’environ 2.34 Gb. 

Un Carnivore mangeur de bambous…

Je l’ai rapidement abordé tout à l’heure, le panda roux fait partie de l’ordre des carnivores, mais a pourtant un régime herbivore composé essentiellement de bambous mais aussi de fruits, racines et occasionnellement d’oeufs et d’insectes.

Le panda roux possède un système digestif proche de celui des carnivores, avec notamment un temps de transit intestinal assez court, d’une dizaine d’heures voire moins, alors qu’il est beaucoup plus longs  chez les herbivores classiques (48 à 75 h) chez qui cela facilite la digestion des aliments et l’absorption des nutriments. 

Leur régime à base de bambous pose donc quelques question, puisque c’est un aliment qui contient peut de protéines mais beaucoup de cellulose. Il a été observé que les pandas se nourrissent en particulier de certaines espèces de bambou à plus fort taux nutritionnels et des parties les plus digestes, comme les feuilles. Ils sélectionnent ainsi les feuilles (en raffolant des plus jeunes), et les mastiquent intensivement. Ils ont également tendance à en avaler de grandes quantités (1600 g de feuilles en moyenne, ce qui augmente au printemps).

Panda roux qui se régale de bambou. Copyright Sciences du Panda, Septembre 2020

Autre hic, les carnivores ont tendance à avoir un taux très faible d’enzymes détoxifiants les cyanides, présents en grande quantité dans le bambou, alors qu’elles sont plus abondantes chez les herbivores. Heureusement, nos petits panda roux restent capables de digérer leur nourriture préférée, notamment grâce à la composition de leur microbiote gastro-intestinal, qui est enrichi en gènes codant pour les l’enzyme de dégradation des cyanides (Zhu et al. 2018). On estime qu’ils ont un taux d’assimilation du bambou entre 22 et 42 %.

La composition du microbiote n’est cependant pas figée. Chez le panda roux, le microbiote est acquit très tôt, mais les proportions des différents types de bactéries évoluent au cours de sa vie. Lors du sevrage et du passage au régime lait + bambou, les petits ont un microbiote très diversifié, et cette diversité tant à baisser lorsque le panda ne se nourrit plus de lait mais seulement de plantes. On considère que les proteobacteries et firmicutes sont les principales espèces bactériennes qui forment le microbiote du panda roux (Zheng et al.2018).

Bientôt la fin des panda roux ? 

Si vous avez eu l’occasion de croiser quelques spécimens dans les zoos ou les parcs naturels, vous avez probablement vu ces tristes écriteaux qui indiquent le statut de conservation de nos petits pandas. Comme de nombreuses autres espèces, il est considéré comme une espèce vulnérable, classée en danger par l’IUCN (International Union for Conservation And Nature). Le nombre d’individus capables de se reproduire à en effet été évalué à moins de 10 000, même si il est difficile d’estimer la population exacte. 

Si les pandas roux sont protégés par des conventions internationales et par des lois nationales, il demeure qu’ils font face aux problèmes de déforestation et de fragmentation de leur habitat, tout comme le panda géant. La déforestation induit des problème pour trouver de la nourriture, puisque le bambou ne repousse pas facilement dans une zone totalement coupée.

L’augmentation de la taille des zones résidentielles et l’essor du tourisme constituent également un risque pour ces petits animaux. Au Népal par exemple, il existe de nombreuses habitation et zones d’élevage du bétail au dessus de 3000 m, aux altitudes où se nichent les panda roux. Une étude récente a utilisé des modélisations pour estimer la taille de l’habitat possible du panda roux au Népal, et aboutit à une valeur de 13 781 km2, en prenant en compte les variables environnementales et humaines. Leur modèle démontre bien l’importance du facteur humain, en particulier la distance aux chemins, la densité des troupeaux et la densité de la population humain (Panthi et al. 2019).

Pour ce qui est des animaux en captivité, les bébés panda roux ont un taux de mortalité important, lié au manque de comportement maternel ou encore a des problèmes nutritionnels liés à la qualité du bambou. Le taux de mortalité dans les premiers 30 jours varie entre environ 10 et 40% selon les régions (Glaston 2011). En plus, le panda roux ne semble pas très adapté aux climats chaud. Il a été suggéré que le comportement maternel serait effectivement impacté par la température, et moins efficace en cas de températures chaudes. Le temps que la mère passe dans le nid avec ses petits semble être plus réduit lorsque les températures sont plus hautes. 

Comment protéger le panda roux?

Plusieurs associations ont pour objectif de sensibiliser la population à cette question, notamment le red panda network, et connaître et protegéer le panda roux. Ils mettent en place des actions avec les autorités locales pour la conservation de l’habitat du panda. 

En parallèle, plusieurs programmes d’élevage sont développés dans les zoos ou parcs animaliers afin de préserver l’espèce et de conserver une diversité génétique suffisante pour les réintroduire un jour dans le milieu naturel.

Références :

De très nombreuses informations proviennent du livre de Glaston: Red Panda: Biology and Conservation of the First Panda. Academic Press. 2010.

Le reste provient de publications scientifiques:

Anton et al. Implications of the functional anatomy of the hand and forearm of Ailurus fulgens (Carnivora, Ailuridae) for the evolution of the ‘false-thumb’ in pandas. J Anat. 2006 Dec;209(6):757-64

Deb et al. Red panda, sole representative of family: ailuridea a short review on ecology and threats. Biolink 2019.

Hu et al. Comparative genomics reveals convergent evolution between the bamboo-eating giant and red pandas. Proc Natl Acad Sci U S A. 2017 Jan 31;114(5):1081-1086

Hu et al. Genomic evidence for two phylogenetic species and long-term population bottlenecks in red pandas. Sci Adv. 2020 Feb 26;6(9):eaax5751. 

Panthi et al. An assessment of human impacts on endangered red pandas (Ailurus fulgens) living in the Himalaya. Ecol Evol. 2019 Nov 7;9(23):13413-13425. 

Zhu et al. Potential Mechanism of Detoxification of Cyanide Compounds by Gut Microbiomes of Bamboo-Eating Pandas. mSphere. 2018 Jun 13;3(3):e00229-18.

Zheng et al. Microbial Biogeography Along the Gastrointestinal Tract of a Red Panda. Front Microbiol. 2018 Jul 5;9:1411.